Élections allemandes... 3 questions à M. Clément Millon, enseignant-chercheur en histoire contemporaine

19/09/2017
Conférence - Soirée électorale allemande - Bundestagswahl 2017

A l'occasion du renouvellement du Bundestag allemand, l'ICES organise une soirée-débat à La Roche-sur-Yon où des professeurs viendront analyser et commenter les résultats de la soirée électorale allemande. Afin d'introduire la soirée, nous avons posé trois questions à M. Clément Millon, professeur à l'ICES.

3 questions à Clément MILLON,
docteur et enseignant-chercheur en histoire contemporaine

Malgré un large désintéressement pour la politique Allemande, pourquoi pensez-vous qu'il est important de suivre cette soirée électorale allemande ?

Le désintérêt pour la politique allemande vient en partie du manque d'information et de l'impression, parfois, que rien ne bouge en Allemagne. La présence d'Angela Merkel au pouvoir depuis 2005 y contribue certainement. Mais les Français connaissent l'importance de leur voisin. C'est un partenaire essentiel en Europe, un acteur politique devenu majeur, qu'on le veuille ou non, mais aussi un poids lourd de l'économie. Les succès allemands ne peuvent être le résultat de l'immobilisme. L'Allemagne est d'ailleurs devenue un modèle pour bien des Français et des Européens, que cela plaise ou non. Il est donc important de savoir ce qui s'y déroule.
De plus, je trouve très dommage que les élections présidentielles américaines, par exemple, soient suivies alors que celles de notre voisin immédiat et principal partenaire soient ignorées. Que l'on ne s'intéresse pas aux élections du Bundestag, le principal scrutin du pays, me choque, comme Européen, alors que l'on a retransmis les débats pour les primaires républicaines et démocrates. Je ne suis pas sûr que la qualité des débats ait élevé nos vues...

Aujourd'hui , une partie de l'opinion française est hostile à l'Allemagne, notamment à cause du projet européen, qu'en pensez-vous ?

En 1969, un journaliste français, Michel Salomon, écrivait un récit de voyage et d'entretiens avec des personnalités allemandes intitulé "Qui a peur de l'Allemagne?", déjà. Il partait du principe qu'il valait mieux connaître de l'intérieur avant de se faire une opinion. Il en est de même aujourd'hui. S'informer de la réalité des propos tenus en Allemagne est nécessaire. Suivre les débats internes à la politique allemande une des meilleurs façons de le faire.

Quels sont les scénarios possibles dimanche ? Y aura-t-il des changements importants ?

Il semble qu'un nouveau succès d'Angela Merkel, annoncé, soit inéluctable. C'est déjà une information majeure car une telle longévité, après des secousses terribles comme la crise bancaire, monétaire, migratoire ou Brexit ne peut qu'interpeller. C'est un premier enjeu de l'élection de savoir sur combien de sièges sa majorité pourra compter.
Ensuite, il faudra examiner avec attention le score des Libéraux, en pleine renaissance ainsi que celui des Verts allemands. Une coalition d'Angela Merkel avec les premiers, ou une alliance "jamaïcaine" noire, jaune, verte (ndlr : conservateurs, libéraux et écologistes) pourrait voir le jour! Ce serait la fin de la grande coalition entre sociaux-démocrates et conservateurs, mais une composition inédite au plan fédéral et hautement intéressante. Par ailleurs, l'AfD, dont la porte-parole s'est alliée à Marine Le Pen, pourrait entrer au Bundestag, pour la première fois. Le score de la gauche alternative, comparable à La France insoumise sera examiné à la loupe. Le mouvement sortira-t-il de ses fiefs de l'ancienne Allemagne de l'Est pour prendre des points à l'ouest ? Ce serait alors les Allemands qui seraient influencés par d'autres Européens, Podemos ou Syriza !

Information  Événement Facebook à partager...