Pr. Quentin "Toujours plus de recherche scientifique..."

30/11/2018
Philippe Quentin Professeur ICES

Philippe Quentin est professeur émérite de physique à l’Université de Bordeaux. Il enseigne aussi à l’ICES où il fait partie intégrante du conseil scientifique du CRICES (centre de recherche de l’ICES).

Professeur, vous "gravitez" autour des sciences depuis toujours. D'où vous vient cette passion ?

"Quand j’étais lycéen, j’ai longtemps hésité entre la philosophie et les sciences… Et puis, comme mon grand-frère avait fait des classes préparatoires, j’ai suivi son exemple. Par la suite, j’ai intégré une école d’ingénieur, l’école polytechnique.  C’est là que j’ai développé un goût pour la recherche. Les dimensions spéculatives et cognitives m’intéressaient et c’est dans la recherche fondamentale que j’ai trouvé ma voie.

Étonnamment, ce sont des motivations religieuses qui ont renforcé mon goût pour la recherche. J’ai voulu confirmer ma foi dans une culture marquée par les sciences et les techniques. A un moment de ma carrière cependant, l’aspect religieux s’est dilué. Comme ce qui guette une bonne partie des intellectuels, j’ai perdu de vue le contact existentiel. J’avais considéré Dieu comme un concept, une formule, une équation. Mais Dieu n’est pas qu’une idée ou un projet, Dieu passe surtout par la pratique."

Pourriez-vous nous rappeler votre parcours ? Quel est votre rôle à l'ICES ?

"J’ai commencé en tant que chercheur au commissariat d’énergie atomique  puis je suis devenu chercheur au CNRS. Depuis maintenant près de 40 ans, je suis professeur à l’université de Bordeaux. Je suis aujourd’hui à la retraite, en principe, mais j’ai le statut de professeur émérite. En parallèle, je mène aussi divers projets universitaires au Vietnam, en Malaisie et en Algérie.

Par ailleurs, j’enseigne à l’ICES avec beaucoup de joie. J’aime y transmettre et le projet de formation humaine qui y est transmis me paraît essentiel dans le paysage universitaire français."

Vous conciliez enseignement et recherche dans votre quotidien. Quelle part prend chacune de ces disciplines dans votre emploi du temps ?

"Quand je me lève le matin, je suis chercheur. Je suis aussi enseignant mais parce que je suis chercheur ! Il faut chercher soi-même avant de transmettre. Je consacre l’essentiel de mes forces dans la recherche. Dans mon emploi du temps, je passe du temps à produire des rapports. J’ai aussi de longs moments à méditer sur le rapport foi et sciences."

Pourriez-vous nous parler de vos champs d'études ?

"Je travaille surtout dans le domaine de la description des systèmes microscopiques tels que les noyaux atomiques. Dans un noyau atomique, nous retrouvons des briques élémentaires (nucléons et neutrons). Ces briques élémentaires sont liées par une forme de colle. Je m’intéresse à leur organisation et à leurs réactions face à des interventions extérieures."

Peut-on vraiment concilier foi et sciences ?

"Je suis convaincu qu’on peut concilier les deux. A vrai dire, je pense qu’il s’agit là d’un faux débat. La science dans le domaine de la foi ne prouve rien mais elle est un chemin qui se fait poser la question de Dieu. La science amène à l’intime conviction qu’il n’est pas déraisonnable de penser qu’il y a comme « une pilote dans l’avion »."

Pourra-t-on garantir l'éthique malgré des sciences qui vont toujours plus loin ?

"Selon moi, il faut faire le pari qui dit que les normes d’éthique vont prévaloir. Je suis pour plus de recherche. C’est une attitude d’espérance chrétienne qui n’empêche pas l’inquiétude mais qui pousse à la dépasser."

Selon vous, quelle sera la place des sciences à l'avenir ?

"On voit mal une société faisant l’économie de la recherche scientifique. Le Japon, même lors de la crise financière, a toujours investi massivement dans la recherche. Ce développement ne devrait pas s’arrêter de sitôt dans notre société."