Hommage à Jean Pradel : un “pénaliste” renommé et passionné

13 juillet 2021

Professeur émérite de droit pénal à l’Université de Poitiers, membre du comité de parrainage de l’ICES au moment de sa fondation, chargé de cours à l’ICES depuis plus de vingt ans, Jean Pradel est décédé ce lundi 12 juillet 2021. Grâce à l'entretien qu'il avait donné pour la Lettre de L'ICES (n°58, juin 2018), nous vous invitons à faire un retour sur le parcours d'un homme brillant, toujours aimable et souriant, que nous avions plaisir à côtoyer dans les amphis et les couloirs de l'ICES.

Jean Pradel était ce qu’on appelle communément un "passionné"

« Mon père était médecin spécialiste ORL, mais il avait aussi un second doctorat en préhistoire. Il m’a transmis cette passion et, comme lui, je cumule deux doctorats, l’un en droit civil, l’autre en préhistoire. » Deux doctorats pour deux passions, dont l’une, le droit, l’a mené sur tous les continents, au cours d’une riche carrière professionnelle toujours en cours, à près de 87 ans.

Né à Châtellerault (Vienne) en 1933, Jean Pradel y suit sa scolarité jusqu’à son bac au lycée Descartes, passé en 1951. Il entre alors en licence de droit comme on entre en religion. « J’aime le droit, soulignait ce père de trois enfants. Et j’ai eu de grands professeurs, comme le doyen Jean Carbonnier, René Savatier, son fils Jean et surtout Gérard Cornu, tous des sommités et pour certains de grands chrétiens. Je suis un privatiste et un civiliste de formation. »

Après sa maîtrise en droit privé, insatiable, Jean Pradel passera avec succès trois DES (diplôme d’études supérieures) : l’un en droit civil, avec les félicitations du jury, l’autre en droit public et le dernier en histoire du droit. Il passe alors le concours de la magistrature en même temps qu’il prépare sa thèse en droit civil, à la fin des années cinquante.

Après deux ans au parquet, il est nommé magistrat suppléant à Brest, par le Garde des Sceaux de l’époque, François Mitterand. En 1958, il part pour trente-six mois, effectuer son service militaire en Algérie, alors en guerre. « Un souvenir douloureux. » Il est nommé procureur militaire dans ce territoire tourmenté jusqu’en 1962. « J’ai vu des Pieds-noirs révoltés par la tournure des événements. D’autres qui ont vraiment tout perdu, se rappelle Jean Pradel. Et il y avait beaucoup de meurtres, perpétrés notamment par le FLN. »

Marqué par cet épisode, il revient en métropole, comme substitut du procureur à Brest, puis à Bressuire, avant d’être nommé juge d’instruction à Poitiers (Vienne), à tout juste 30 ans.

Jean Pradel Chevalier De Saint Grégoire

"Mon plaisir aujourd’hui, c’est de poursuivre, malgré ma retraite, ma carrière de professeur de droit à l’ICES."

De la magistrature à l'université...

Mais le juge est alors tenté par l’agrégation de droit, qu’il obtiendra en 1969. Changement de carrière pour Jean Pradel qui quitte la magistrature, après huit ans d’exercice, pour se tourner vers l’université et suivre ainsi ses maîtres, Cornu, Carbonnier, Savatier et autres. Retraité de l’Université de Poitiers, Jean Pradel a beaucoup voyagé durant sa carrière (colloques, conférences, cours, etc.). Il a notamment co-rédigé le code pénal estonien, roumain et dominicain. Moyen-Orient, Amérique latine, Europe, son talent de pénaliste est reconnu au-delà des limites de son Poitou natal. Il a suivi plus d’une centaine de thèses de doctorat.

Depuis la rentrée de septembre 2000, l’ICES peut s’enorgueillir d'avoir pu compter sur ce brillant professeur toujours « bon pied, bon œil », docteur Honoris Causa de l’université de Neuchâtel (Suisse), de la Catho de Fribourg (Suisse), de la Catho de Buenos Aires (Argentine) et de l’Université de Iasi (Roumanie).

Chargé de cours encore cette année universitaire, Jean Pradel, ancien président de l’Association française de droit pénal, était toujours heureux de pouvoir transmettre son savoir aux jeunes générations. En 2018, il précisait : « Actuellement, j’assure les cours de droit pénal, en deuxième année de droit, et de droit pénal européen en troisième année, à l’ICES. Les conditions d’enseignement et les étudiants sont remarquables ici, et c’est comme ça depuis les débuts de l’ICES. Mon plaisir aujourd’hui, c’est de poursuivre, malgré ma retraite, ma carrière de professeur de droit à l’ICES. »

En ami de notre institut, il s'était vu remettre les insignes de Chevalier de l'ordre de Saint Grégoire le Grand par Monseigneur Alain Castet, évêque de Luçon au sein de la bibliothèque universitaire de l'ICES en mars 2012.

Que nos pensées et nos prières accompagnent sa famille et ses proches.


Pour aller plus loin : l'hommage de M. Serge Schweitzer sur Contrepoints : "Le professeur Jean Pradel : une figure exemplaire"